Le projet Neglected No More ou NEMO se positionne au cœur des enjeux agricoles au Sénégal, focalisant son action sur deux régions clés : le Sénégal-Oriental et la Haute-Casamance, dotées d’immenses opportunités dans le domaine de l’agriculture mais peu exploitées. Des études démontrent une fragilité des systèmes alimentaires de l’Afrique de l’Ouest qui, reposent sur quelques cultures traditionnelles, et les grandes chaînes de valeurs peu diversifiées, se concentrant uniquement sur l’arachide, le niébé, le mil et le sorgho, offrant un panier nutritionnel limité.

Ainsi, pour offrir des solutions viables à cette problématique est né le projet « Neglected No More » ou NEMO, porté par des chercheurs du Centre d’Étude Régional pour l’Amélioration de l’Adaptation à la Sécheresse (CERAAS) et du Bureau d’analyse macroéconomique (BAME) de l’Institut de Recherche Agricole (ISRA). Ce projet de recherche œuvre à la mise en place des systèmes alimentaires durables au Sénégal à travers une maîtrise des coûts et bénéfices de culture des légumineuses pour une diversification des méthodes de culture vers des systèmes plus agroécologiques.

NEMO vise entre autres à mettre l’accent sur les impacts économiques, sociaux et politiques par le biais d’une analyse des trade-offs liés à l’adoption de légumineuses sous utilisées dans les systèmes alimentaires durables. Il travaille également à atteindre le défi de l’autonomisation des femmes, actrices essentielles de ces systèmes agricoles, ce qui, représente un axe majeur, renforçant ainsi la résilience des communautés face aux changements climatiques.

La zone d’intervention de ce projet de recherche-action financé par le Hub ASADAO, couvre deux régions agroécologiques contrastées du Sénégal : le Sénégal-Oriental et la Haute-Casamance.

Ces régions sont divisées en trois entités administratives : Tambacounda, Kédougou et Kolda. La zone se situe dans la partie Sud et Sud-Est du pays et couvre une superficie de 90 172 km², soit plus de la moitié de la superficie totale du pays. Cette région est bordée au Nord par les régions de Louga, Saint-Louis et Matam, au Sud par la République de Guinée Conakry et la Guinée-Bissau, à l’Est par la République du Mali et de la Mauritanie, et à l’Ouest par les régions de Sédhiou et la République de Gambie. D’un point de vue ethnique, la région est habitée par 9 des 15 ethnies du pays, regroupées en deux grandes familles linguistiques : les Atlantiques-Congo (Wolof, Peul, Bassari, Bédick) et les Mandé (Mandingue, Soninké, Diakhanké, Dialonké, Bambara). La zone d’étude se situe entre les isoètes 500 et 1100 et se caractérise par un climat soudano-sahélien dans sa partie la plus au Nord et un climat soudano-guinéen dans sa partie la plus au Sud. La température moyenne annuelle est de 29,7°C.

La sélection de la zone d’étude a été motivée par des critères de variabilité climatique, de productions agricoles et de diversité ethnique. Dans cette région, même si les productions agricoles diffèrent, l’agriculture prédomine en tant qu’activité économique principale. Elle se caractérise par une agriculture vivrière pluviale reposant sur des techniques traditionnelles avec relativement peu de matériel agricole. Cette région du pays est arrosée par un réseau hydrographique important constitué par le fleuve Sénégal, la Falémé, le fleuve Gambie ainsi que plusieurs affluents et marigots qui drainent chaque année environ 30 milliards de m3 d’eau. En termes d’opportunités, les légumineuses présentent un potentiel de développement économique pour les agriculteurs de la région. Elles peuvent être cultivées avec succès dans les conditions climatiques de la région, avec une saison des pluies relativement courte. Elles constituent une source de revenus supplémentaire pour les agriculteurs, en répondant à la demande croissante de produits frais et sains sur les marchés locaux et régionaux. Cependant, il existe également des menaces pour la culture des légumineuses dans le Sénégal oriental. Les changements climatiques, tels que les variations des précipitations et les périodes de sécheresse, peuvent affecter la production de légumineuses. De plus, la dégradation des sols, la pression des ravageurs et les maladies, ainsi que la concurrence avec d’autres cultures peuvent également représenter des défis pour les agriculteurs.

En effet, les légumineuses ont la capacité unique de fixer l’azote atmosphérique dans le sol, ce qui réduit le besoin d’engrais chimiques et améliore la fertilité des sols. De plus, dans un contexte marqué par une diminution des pluviométries, les légumineuses se présentent comme des alliés sûrs pour réussir le pari de l’adaptation de la résilience des communautés face aux changements climatiques.

Malgré ces avantages, les légumineuses ont été largement négligées au profit d’autres cultures dans les systèmes alimentaires. Cela peut être dû à un manque de sensibilisation sur les avantages nutritionnels et environnementaux des légumineuses, ainsi qu’à des contraintes liées à la production et à la commercialisation de ces cultures.

Dans cette optique, l’équipe de recherche NEMO, se consacre à une mission cruciale : identifier, évaluer et promouvoir la diversité des légumineuses sous-utilisées encore cultivées, tout en étudiant la perception de ces espèces par les agriculteurs.

En premier lieu, NEMO se concentre sur les agriculteurs pratiquant une agriculture de subsistance, dont les systèmes de culture sont confrontés aux changements climatiques. Ces agriculteurs sont contraints d’envisager des changements dans le choix des cultures pour assurer leur résilience économique et alimentaire, en particulier dans les zones Sud et Sud-Est du Sénégal. Les femmes jouent un rôle crucial dans les systèmes agricoles et alimentaires, et leur implication est indispensable pour assurer le succès et la durabilité des initiatives de développement agricole.

La démarche méthodologique du projet NEMO est à la fois rigoureuse et participative. Elle combine ainsi des enquêtes auprès des agriculteurs, des entretiens avec les acteurs des filières alimentaires existantes, et des ateliers participatifs afin d’identifier les obstacles et les avantages liés à l’utilisation des légumineuses sous-utilisées, tout en mettant en évidence les leviers politiques et économiques qui pourraient faciliter leur réintroduction dans les systèmes agricoles.

En somme, le projet NEMO offre une lueur d’espoir pour la construction de systèmes alimentaires durables au Sénégal. En valorisant les légumineuses sous-utilisées, il ouvre la voie à des solutions innovantes et équitables, positionnant ainsi le Sénégal oriental et la Haute Casamance comme des acteurs clés d’un changement positif, où l’autonomie des femmes est le moteur d’une transformation agroécologique.

 

 

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