23e congrès de l’Association Africaine du Commerce des Semences (AFSTA)

Publié par Kim Ndiaye le

 

L’ISRA/CERAAS a participé au 23e congrès de l’Association Africaine du Commerce des Semences (AFSTA) qui s’est déroulé du 6 au 8 mars à l’hôtel King Fahd de Dakar et pour la 3e fois au Sénégal. Le congrès était structuré en trois composantes : (i) les présentations en plénière (voir programme ci-dessus), (ii) les expositions/stands et (iii) les échanges commerciaux dans les salles de négociation.Différents sponsors étaient mobilisés, en particulier SeedCare/Syngenta qui accompagne AFSTA depuis près de 15 ans.

En plus de l’ISRA, treize autres structures ont tenu des stands pour présenter différentes cultures (surtout maraichères) et services : AATF, INDO AMERICAN HYBRID SEEDS (INDIA) PVT LTD, QUALIBASIC SEED COMPANY LIMITED, TAAT/IITA, SEEDS2B AFRICA LTD (SYNGENTA FOUNDATION), WORLD VEGETABLE CENTER, SAKATA VEGETABLES EUROPE, SASAKAWA, SEDAB-SARL, TASAI INC., TROPICASEM, UNIS, WINALL HI-TECH SEED CO., LTD.

Plus de 300 participants étaient inscrits pour ce congrès, en provenance de 38 pays d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Europe et de différents domaines d’activités (la recherche, les associations semencières nationales, les entreprises semencières et multinationales, les organisations régionales et internationales, les interprofessions, les fondations, etc.).

Le Directeur Scientifique de l’ISRA, Dr Madiama Cissé a pris part au panel de discussion sur « Innovation and new technologies – Gene editing: benefits, opportunities and constraints & Intellectual Property and Innovation in the seed industry » aux cotés de CORTEVA et ASPRODEB. Son intervention a porté sur les actions de l’ISRA dans le domaine de la propriété intellectuelle et de la création variétale (de la sélection à l’homologation). Il a souligné, entre autres, le besoin de sensibiliser davantage les chercheurs de l’ISRA sur la protection de leurs technologies.

Dans l’ensemble, le congrès a été riche en enseignements et a permis de mieux comprendre les enjeux et opportunités de l’industrie semencière en Afrique. Plusieurs sujets ont été débattus, en particulier :
– La protection raisonnée des semences pour un bon établissement des plants sans utilisation massive de pesticides et l’amélioration de la qualité et de la fertilité des sols pour de meilleurs rendements.
– Les moyens de lutte contre les contrefaçons et les semences de mauvaise qualité (e.g. scratch seed card au Kenya et au Malawi, SeedCodex au Nigeria) et l’amélioration de la traçabilité.
– La protection des obtentions végétales (brevet et droit de propriété intellectuelle). Au Sénégal, seules des entreprises semencières privés ont inscrit des variétés à l’OAPI. Cependant le DS a mentionné la volonté de certains chercheurs de l’ISRA à protéger leurs variétés (exemple de l’arachide).
– Les accréditations OCDE et ISTA des laboratoires nationaux de contrôle et de certification des semences. Celui du Sénégal dispose des 2 accréditations.
– L’application effective des règlementations liées à l’harmonisation des catalogues variétales dans les différentes communautés économiques régionales (ECOWAS, SADC, COMESA) afin de faciliter la commercialisation intrarégionale des semences.
– Les contraintes d’homologation de nouvelles variétés par les entreprises privées en particulier en Afrique de l’Ouest et le souhait d’une simplification et d’une harmonisation des procédures et des couts entre les pays de la même zone économique.
– Les exigences phytosanitaires qui sont très différentes d’un pays à l’autre et la facilitation des procédures par la diffusion de l’information en ligne. S’il y a lieu de faire des tests en labos (détection d’OGM ou de pathogènes), s’assurer que les temps de traitement sont optimaux par la mise en place de laboratoires accrédités en nombre suffisant et la délivrance rapide des résultats pour éviter de longues attentes qui risquent d’augmenter les couts de transaction commerciales des semences ou les risques de détérioration des semences.
– Les difficultés de circulation et de commercialisation des semences entre les pays africains et ce même dans des zones économiques communes où la libre circulation des biens et le libre échange sont pourtant prônés. Selon un des intervenants, il devient plus facile d’importer des semences d’Europe vers l’Afrique que de produire des semences au Burkina et de les commercialiser au Sénégal.
– La rentabilité et la compétitivité de l’industrie semencière en Afrique avec des couts de production et/ou de transaction élevés.
– Les stratégies de communication et de marketing digital des entreprises semencières (utilisation de QR code pour les fiches variétales, l’appli de Technisem pour savoir quelle variété semer où et comment, catalogue en poche, géomarketing, etc.) avec des solutions très futuristes telles que la réalité augmentée et l’utilisation d’agent virtuel vocaux pour de nouvelles expériences d’achat.

Au Sénégal, l’industrie semencière est encore très fragile avec très peu de compagnies semencières locales et de recherche sur les semences. Le marché est essentiellement couvert par les coopératives et les compagnies multinationales (surtout pour les cultures maraichères).
Plusieurs opportunités de renforcement du secteur ont été émises lors des discussions et échanges individuelles dont :
– L’adoption de modèles de production de semences de prébase plus efficients (e.g. Joint seed business ventures avec le privé) et le renforcement de l’unité de production de semences de l’ISRA.
– Le renforcement des capacités des coopératives pour qu’elles commencent à fonctionner comme des entreprises semencières financièrement autonomes.
– Le renforcement des services de contrôle et de certification des semences pour mieux assainir le secteur et garantir la qualité et l’authenticité des semences. Au besoin envisager l’établissement de services privés d’inspection comme c’est le cas dans certains pays d’Afrique de l’Est et du Sud (création d’emplois).
– Apprendre de l’expérience des autres pays/organisations pour améliorer la traçabilité des semences et rétablir la confiance des clients (scratch code au Nigeria, Kenya et Malawi), améliorer l’accès et la disponibilité des semences (nouveau système de pré-commande des semences au Mali avec l’ASSEMA, facilitation des importations de semences de qualité dans les pays européens), accroitre le financement du secteur privé dans la création variétale (versement d’une quote-part des achats de semences à la recherche en Afrique du Sud, African Vegetable Breeding Consortium de Worldveg qui offre 2 ans d’exclusivité sur certaines lignées à ses membres moyennant une contribution annuelle.
– La création d’unités de conditionnement de semences supplémentaires dans les différentes régions du Sénégal.
– La sensibilisation des politiques et des décideurs sur la question des semences et leur impact sur la productivité agricole.

Par ailleurs, WorldVeg et Tropicasem seraient disposés à développer des partenariats de recherche avec l’ISRA/CDH pour la création et la commercialisation de nouvelles variétés de cultures maraichères.
Le 22 mars, se tiendra le séminaire de l’UPOV sur Interaction between plant variety protection and the use of plant breeding technologies (UPOV/SEM/GE/23) à Genève. https://www.upov.int/meetings/en/details.jsp?meeting_id=74774
La FAO en collaboration avec CropTrust offre une possibilité de financement des banques de gènes nationales à hauteur de 20,000$ pour des actions d’urgence. https://www.croptrust.org/work/emergency-reserve-for-genebanks/

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